N'y a pas que
Tomboy dans la vie !
Pour la petite histoire, j'ai sûrement vu
Le Fils du Requin
dans la même salle que Céline Sciamma puisque, comme moi, elle
fréquentait assidûment, à l'époque de la sortie de ce film, l'Utopia de
Pontoise.
Voilà encore un film honteusement sous estimé, voire
oublié, malgré les bons échos critiques à sa sortie. La réalisatrice n'a
d'ailleurs pas bénéficié de l'engouement pour la nouvelle Nouvelle
Vague du cinéma français d'alors, avec les Arnaud Desplechin, Laurence
Ferreira Barbosa, Cédric Khan and co. Pour preuve, depuis Agnès Merlet n'a
réalisé que 2 autres films,
Artemisia et
Dorothy. Notons qu'elle aura perdu 5 années à tenter de mettre sur pieds
un slasher dans le milieu des Beaux Arts, projet qui ne trouvera
finalement jamais de financement : "
le discours sur la violence était trop nihiliste pour le marché français…" d'après elle, dommage, j'aurais bien aimé voir ça.
Le Fils du Requin est inspiré d'un fait divers rapporté dans Libé le 18 décembre 1987 sous le titre
Jimmy et Johan, graine de violence,
qui décrivait l'errance de deux enfants dans une bourgade aux alentours
de Rouen. A la fois âpre et onirique, le film est marqué du sceau de
Lautréamont avec la phrase "
si cela avait pu dépendre de ma volonté,
j'aurais voulu être plutôt le fils de la femelle du requin ... je ne
serais pas si méchant" répétée tout au long comme un refrain par l'un des deux gamins .
Comme tout premier film,
Le Fils du Requin
n'est pas exempt de défauts comme cette tendance un peu pataude à virer
à tout prix au poème social, surlignée par une partition parfois un peu
trop sentimentale de Bruno Coulais (
Les Choristes,
Microcosmos et autres perles!), qui signait ici l'une de ses premières BO. Malgré cela, le film reste aujourd'hui un premier essai bien singulier et mérite vraiment d'être redécouvert.
Avec
le recul, aujourd'hui, une question me turlupine : est-ce que
l'esthétique très ciné bis 80's post-apocalyptique est volontaire de la
part de la réalisatrice, étant donné son goût pour le cinéma de genre ?
Malgré son penchant pour le sentimentalisme, la BO de Bruno Coulais est une incontestable réussite, tant elle marque Le Fils du Requin et en est indissociable. L'ouverture du film par ces Harmoniques, enchainées à la fameuse chanson Nathalie Elle est Jolie, reste gravée pour longtemps dans la mémoire du spectateur.
Par
ailleurs, vous ne serez pas surpris si je vous dit que ce soundtrack
est épuisé depuis belle lurette et qu'il vaut aujourd'hui le prix d'un
rein !