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mercredi 4 septembre 2013

"How a cat may loose one of his lives."



Avant de lui envoyer la RSPCA au cul, j'ai pris entre quatre yeux Kalev Erickson, l'un des archivistes du conflit moderne, afin qu'il s'explique à propos des horribles livres sur les 'tits chats qu'il auto-édite avec amour pour ensuite les vendre sous le manteau. D'où lui vient cette haine des matous ? Comment lui est venu l'idée de ce projet ? À quoi peuvent bien ressembler les gens qui achètent ses livres ? Est-ce que les prochains numéros seront aussi trash que les deux premiers ?...
Voilà, in extenso, ce que le garçon à répondu à mon interrogatoire   :

"J'aime vraiment les chats ! Et j'en ai eu plusieurs au cours de ma vie. Le projet est né parce que je voulais présenter un nouveau livre à Arles l'été dernier, il se trouve que nous (Archive of Modern Conflict) avions acheté des archives incroyables de la presse colombienne, qui contenaient les "mangeurs de chats" du Pérou. C'était plus une question de bon moment au bon endroit, que le désir de faire quelque chose avec des chats morts. 

J'ai commencé à développer l'idée durant la production de ce livre sur les mangeurs de chats - réaliser une série de 9 livres, chacun sur la façon dont un chat peut perdre une de ses vies. Ce projet relève autant du pari que du sujet même. Tous les livres sont fabriqués à la main à 30 exemplaires. Ils sont vendus uniquement dans les festivals de photo et le prix, déterminé par les coûts de production, reste le même pour toute l'édition. Je veux juste rentrer dans mes frais.

Les gens qui achètent ces livres n'ont pas de problème à regarder des chats morts - par ailleurs, il n'y a pas de portrait type de l'acheteur. Ceci dit, quelques-uns qui ont acheté le premier livre ont eu plus de mal avec celui-ci, il y aurait donc des limites. Le prochain, qui j'espère sera prêt pour Paris Photo en Novembre, sera beaucoup moins graphique et plus suggestif que les deux précédents. Sinon, je continue de travailler sur ​​la collecte de photos pour les numéros suivants.

Ce qui est marrant avec ce deuxième livre, c'est que j'ai moi-même commencé à prendre des photos de chats écrasés sur la route, jusqu'à ce qu'un ami me parle du travail de Xulio Villarino. Depuis plusieurs années, il photographie lui aussi, dans le cadre d'un projet perso, des animaux écrasés. Je l'ai donc contacté et lui ai demandé ses photos de chats écrasés - il m'en a envoyé plus de 70 ! La majorité était beaucoup plus macabre que ce qui apparaît dans le livre. Pour l'edit, je me suis concentré sur les images qui ont un élément graphique fort, et qui donne vaguement l'impression d'un voyage dans l'espace. Il existe effectivement des photographies de nébuleuses prises à partir de télescopes qui pourraient être confondues avec les restes d'un chat écrasé en décomposition, comme dans la dernière image du livre."


Et pour ceux qui préfèrent les v.o. :

"I actually love cats ! And have had some most of my life. The project arrived because I wanted to have a new book to take to Arles last summer, it just so happened that we (AMC) had purchased an amazing Colombian press archive, that contained the 'cat eaters' in Peru. It was more a question of right time right place, than a desire to do something with dead cats.

During the production of the books was when I began to expand the idea - to produce a series of 9 books each about how a cat may loose one of his lives. As much as the project is about the subject it is equally about an exercise in bookmaking. As all are to be produced by hand in an edition of 30. They are only sold at photography festivals and the price determined by production costs stays the same for the whole edition. I intend to only cover my costs.

I only know that the people buying the books don't have a problem with looking at dead cats - otherwise there is no demographic. Interestingly a few who bought the first book couldn't deal with the second, suggesting there are limits. Actually the next book, which I hope to have ready for Paris in November is much less graphic and more suggestive than the previous two. I'm also working on and collecting material for subsequent books.

This second book was interesting because I had actually started shooting road kill cats myself, until a friend told me about Xulio's work. He had been photographing roadkill (as a private project) for many years. I contacted him and asked for his road kill cats - he sent more than 70 images ! The majority far more macabre than what appear in the book. In the edit I focused on the images that had a graphic element to them, And that loosely resembled a journey into space. There are actually Hubble images of gas nebulas that could be mistaken for the faded remains of a squashed cat like the last image in the book."

Kalev Erickson / Xulio Villarino : 2/9 (2013)

mercredi 5 décembre 2012

Sébastien Girard : Strip-o-gram


Sébastien Girard s'invite dans le salon des houswifes américaines, visiblement pas si desperate que ça, avec son nouveau livre Strip-o-gram, l'occasion de lui poser quelques questions :

Il y a peu d'info sur toi : la photo fait-elle partie de ton activité professionnelle ou est-ce, à la base, simplement une passion ?

Je n'ai pas étudié la photographie mais plutôt l'architecture, puis j'ai abandonné mes études d'architecture pour la photographie mais je ne suis jamais devenu photographe (enfin que très récemment).
Pendant les 20 ans qui ont suivi j'ai fait d'autres métiers mais je n'ai jamais cessé de photographier, de collectionner les livres, les images anonymes, j'ai passé beaucoup de temps sur Ebay.

Comment en es-tu venu à t'auto-publier ? Pourquoi ce choix ? As-tu déjà proposé des projets à des maisons d'éditions déjà installées ?
 
Tout s'est joué en 2009 au début de la crise alors que j'étais graphiste. Une chute brutale de mon activité m'a contraint à du temps libre. J'avais l'idée de faire un livre depuis longtemps mais j'avais toujours repoussé ce moment.
On s'invente toujours un tas de raisons. Ce coup-ci l'alibi du manque de temps ne tenait plus. La question d'un éditeur ne s'est jamais posée, je savais qu'il fallait faire les choses seul, trouver sa propre économie. J'avais envie aussi de comprendre tout le processus de création d'un livre.

Quel a été le déclic pour ton premier projet, Nothing But Home, à savoir prendre des photos du chantier de la rénovation de ta maison ?

Tout s'est passé au même moment, l'achat de cette maison inhabitée depuis 20 ans, la combinaison de ce vieil appareil photo allemand des années 70 avec ce flash, le stress de l'achat au moment où on n'a plus de boulot, le désir d'un livre. Tout s'est mis en place naturellement. Le sujet aussi, il était devant moi : la maison en mutation. Un commencement ou plutôt un recommencement pour cette maison mais aussi pour moi comme photographe. Nothing But Home est vraiment un livre sur le commencement.

Ce qui m'a immédiatement frappé avec ce premier livre en 2009, c'est le soin particulier porté à sa réalisation, en pleine vague de l'auto-édition ton livre sortait du lot : la forme du livre (mise en page, impression, reliure...) a au moins autant d'importance que le fond (les photos elles-même), est-ce que je me trompe ?
 
C'est vrai ! tu as raison. J'ai été très soucieux de la production ( "The medium is the message" !!!), j'ai cherché un bon imprimeur ( j'ai de la chance il n'était qu'à une heure de chez moi ), mais pour la reliure je suis allé jusqu' en Hollande pour trouver le bon atelier. Je voulais être présent à toutes les étapes de la fabrication. C'est pas vraiment compliqué, c'est juste une succession de décisions. Exactement comme en photographie ou en architecture.

Tu collectionnes les livres de photos : selon toi, comment reconnaît-on un bon livre de photo ? Quels sont les signes qui ne trompent pas ? Quel est ton préféré ?

Il faut du temps… il y en a que l'on a envie d'acheter tout de suite…d'autres prennent plus de temps à voir, parfois des années. C'est comme en littérature, on n'apprécie pas forcément Dostoïevski dès que l'on a appris à lire.
Il y en beaucoup que j'adore, Sentimental Journey d'Araki (1971), une des premières auto publications d'Araki. Evidence (1977) de Larry Sultan et Mike Mandel, un bijou de photographie vernaculaire, les livres de Lewis Baltz, mais aussi des publications beaucoup moins connues comme Charlie E. White III Rules The World (1967) par David Williardson, artiste californien qui sans aucun doute connaissait les fameuses publications de Ruscha de l'époque. La très récente publication de Xavier Antin, Just In Time 

Tu as bénéficié d'une très belle reconnaissance critique avec tes 3 premiers livres (Gerry Badger et Alec Soth, pour ne citer que les plus connus), en choisissant un sujet plus "explicit" avec  Strip-o-gram, t'es tu dis : quoi de mieux que le sexe pour passer à la vitesse supérieure ?

Le sexe vu sous cette angle ne me semble pas être un catalyseur. Le sujet était important et il me semblait très peu traité car inaccessible. C'est ça qui m'intéressait ! Utiliser Ebay pour m'introduire dans ces foyers américains et utiliser des images réalisées par les propres participantes au lieu de faire les images soi-même. J'aurai pas pu faire mieux en tant que photographe.

Tu as acheté les photos qui composent Strip-o-gram sur Ebay : collectionnes-tu aussi les photos amateurs ou avais-tu dès le début l'intention d'en faire un livre ?

Ce n'est pas vraiment une collection mais plutôt un matériau. Retravaillé il peut donner des choses intéressantes, explorer d'autres obsessions. Je n'abandonne pas pour autant mon propre appareil.
L'idée du livre est omniprésente quand j'achète des images ou bien que je photographie. L'idée est toujours la même, réunir des images et essayer de produire un nouveau sens.

La photo dite vernaculaire est depuis quelques temps très en vogue, sans parler des captures Google Street View, est tu sensible à cette mode ? As tu été inspiré, par exemple, par les publications d'Archive of Modern Conflict ?

Ce n'est pas vraiment une mode, depuis longtemps (Dada) l'appropriation est un acte revendiqué par les artistes. Par contre l'arrivée d'internet a facilité l'accès à de nouvelles ressources d'images et générer d'incroyables nouvelles bases de données visuelles.
J'adore le travail de Doug Rickard avec Google Street View. Je connais bien les gens d'Archive of Modern Conflict, ils font un travail incroyable.

Avec Strip-o-gram, tu as brisé l'unité des 3 précédents livres, par son sujet mais aussi en changeant le format (passant du relié au souple) et la présentation (les rayures sur la tranche) du livre : ne formeraient-ils pas une sorte de trilogie pavillonnaire ?

C'est vraiment une nouvelle série de livres, bien sûr il va y en avoir d'autres avec d'autres histoires, d'autres systèmes.
Nothing But Home, Desperate Cars et Under House Arrest est une trilogie, les trois séries ont été initiées en même temps. Dès le départ il y avait cette idée de 3 livres distincts, comme un paysage fragmenté, l'ordre n'était pas clair, les titres non plus.

Avec Strip-o-gram tu as aussi élargi ton champ d'investigations : à l'avenir, comptes-tu poursuivre dans cette voie ou est-ce juste une parenthèse avant de reprendre ton "étude du quotidien", entamée avec tes premiers livres  ?

Je ne suis n'est pas très loin de mes premiers travaux car Ebay c'est aussi mon quotidien et ça se passe à la maison...


Sébastien Girard : Strip-o-gram (2012)

samedi 29 septembre 2012

Re-post : Blanquet dissèque United Dead Artists

Pour la postérité et comme les interviews de Blanquet sont plutôt rares, voilà un repost de feu CroCnique. Attention les retardataires, il ne vous reste plus qu'une semaine pour aller à la Galerie Lavignes voir l'expo United Dead Artists et vous procurer les multiples produits dérivés.

United Dead Artists
 (Blanquet par Lolmède)

A l’occasion de l’exposition United Dead Artists, 400 dessins à vif, organisée par Arts Factory (j’ai fait une demande au Ministère de la Culture pour qu’on leur remette la Légion d’Honneur), qui ouvre ce vendredi (le vernissage a lieu demain à 16h), j’ai demandé à Blanquet s’il voulait bien répondre par mail à quelques petites questions concernant son travail d’éditeur. Il a accepté.
Trop content, d’autant plus qu’il y a peu d’interviews de lui, je n’ai pas pu faire autrement que de téléphoner immédiatement à mon Vidal, fan hardcore qui m’a plongé dans l’univers de Blanquet, pour lui demander s’il avait de son côté des questions à lui poser. Du coup, tout ça a pris la forme d’une interview fleuve (du moins à mon échelle !).
Pour illustrer ce post, j’ai contacté Lolmède afin qu’il me dessine le portrait de Blanquet, c’était le mieux placé à mon sens vu qu’ils sont potes depuis la première  heure. Lolmède m’a répondu qu’il allait falloir se montrer astucieux car “il n’aime pas trop qu’on voit sa gueule”.
Sur ma lancée, j’ai aussi demandé à  Aleksandra Waliszewska, dont le récent The Horse With No Name Is a Horse With No Shame n’en finit pas de me hanter, de me livrer sa vision de la maison United Dead Artists.
Deux dessins en forme de remerciement à Blanquet, premièrement, pour avoir pris le temps de répondre à nos questions et, deuxièmement, pour “tous ses cauchemars de gosse pas vraiment soldés” (©Vidal) qu’il couche sur papier.

 United Dead Artists
 (United Dead Artist par Aleksandra Waliszewska)

C’est la fête des morts, ornements de dessins, peintures et traits, fleurs en papier de boucher.
  • Comment définirais-tu ton Internationale des dessinateurs ?
C’est un kiosque dans une maison close.
  • S’il fallait trouver un seul point commun aux 69 dessinateurs que tu as invités pour cette expo, ce serait quoi ?
Le plaisir de dessiner, de faire une image plus ou moins tordue, plus ou moins offensive, onirique, jetée ou bancale, léchée ou grotesque, qui raconte ou pas. Le plaisir de dessiner avant tout.
  • Pourquoi avoir choisi un nom anglais pour ta maison d’édition alors que ce n’est pas forcément un point d’entrée dans l’univers de Blanquet habituellement ? C’est l’idée d’un business « perverti », un hommage à la boîte de prod’ de D.W Giffiths et Charlie Chaplin ?
J’avais fait il y a très longtemps une couverture de magazine où j’avais placé une fausse étiquette, tamponnée United Dead Artists , un évident clin d’œil crevé a la boite de prod’ !
  • Comment fonctionne United Dead Artists, tu n’es quand même pas seul aux commandes de l’Enterprise ?
Je contacte les dessinateurs et les use moi-même. Je pré-maquette et règle toutes les images une à une. Puis une maquettiste cimente le tout. Je gère l’imprimeur. Je ne m’occupe plus de la distribution, ni vpc, ni librairies.
  • Comment chines-tu aux quatre coins du monde les dessinateurs que tu publies ? C’est toi qui les sollicites ou c’est eux qui viennent vers toi ? Tu es seul a décider de la ligne éditoriale ou tes collaborateurs peuvent dire leur mot ?
J’ai un peigne très fin et je ratisse. Je récolte la crème, la ténébreuse. On me propose aussi beaucoup, de plus en plus, c’est aussi enrichissant. Je décide de tout, de où doit aller le navire.
  • Comment distingue t-on chez United Dead Artists un bon dessin d’un mauvais sachant que, au moins pour le néophyte,  parmi tes invités il y’en a qui dessinent bien (Namio Harakuwa) et d’autres un peu moins (Mike Diana) ?
Un bon dessin est un bon dessin. Pour beaucoup Basquiat ne sais pas dessiner. Un dessin brut ou un dessin plus soigné doit dégager quelque chose, ils ont la même valeur.
  • J’me trompe peut être mais Topor est le seul véritable dead artist du catalogue, dans tes rêves ou tes cauchemars les plus fous il y’en a un autre que tu voudrais absolument publier ?
Rory Hayes aussi ! (Nan mais quel con, comment ai-je pu oublier Rory Hayes?! The Dolls Weekly and the Crawlee Things étant sûrement mon livre préféré de l’année, toutes catégories confondues !)
Il y a un dessinateur inconnu japonais d’après guerre, pornographe somptueux, obscène, que j’aimerai éditer. Je cherche à faire ce livre par exemple.
  • Quel livre a été le plus difficile à produire  ?
Peut être le livre de Nemoto, livre futur proche : travail de traduction minutieux, lettrage sur la moindre étiquette, travail de folie, surtout après avoir perdu deux fois tout ce travail à cause d’un crash de disque dur.
  • Quel est le best-seller de la maison ?
Le livre de Namio Harukawa, une découverte pour beaucoup de monde !
  • As-tu déjà rencontré des problèmes avec une quelconque censure ?
Parfois ! Pour le Berquet, par exemple, le relieur n’a pas aimé les photos de pisseuses.
  • Au final comment définis-tu ton rôle à travers United Dead Artists : éditeur insoumis, mécène fauché ou juste simple fan des gens que tu publies ? Et qu’est-ce qui te déplaît le plus dans ce rôle d’éditeur ?
J’aime diffuser des images, m’esquinter à diffuser la bonne parole et le bon œil, surtout avec le tabloïd La Tranchée Racine.  Je reviens a mon plaisir pour le journal, la pelure. On revient a cette idée de kiosque populaire. Trouver de belles images fortes pour peu cher, quelques pièces pour un trésor ! Je crois à ça.
  • Ces dernières années, la concurrence s’est énormément développée, tout le monde (n’importe qui ?) sort son ‘zine aujourd’hui, tu trouves ça plutôt positif ou tu penses qu’il y a beaucoup trop de déchets ?
Je ne suis pas dans la concurrence du tout. Je suis le premier a défendre toutes les structures , de la plus petite à la plus importante. J’édite les livres ou le journal que j’aimerai avoir chez moi.
  • Parlons un peu  thunes maintenant : combien coûte à produire un numéro de La Tranchée Racine et une monographie format 30X40 ? Sinon, en général, tu marges beaucoup avec tes livres ?
J’ai choisi de ne pas avoir de diffuseur pour éviter d’avoir à le payer et, du coup, de vendre plus cher. J’ai choisi aussi d’imprimer plus que les indépendants pour faire chuter le prix du livre. C’est un choix de sueur car il faut ensuite vendre plus.
  • Est-ce que United Dead Artists est une société viable financièrement ou est-elle soutenue par les fonds cachés de l’artiste Blanquet ?
Les ventes des livres payent les suivants. Voilà l’économie United Dead Artists !
  • Concrètement tu vends davantage par Internet ou plutôt via le réseau des libraires ?
On vend beaucoup en librairie. Par vpc aussi.
  • Avec la Tranchée Racine, journal au format XXL et au prix XXS, on voit que tu cherches à promouvoir au mieux la scène alternative, tout en restant paradoxalement dans le carcan indépendant : tu ne te verrais pas faire le même travail en intégrant une grosse maison pour diriger une collection à la manière de Trondheim chez Delcourt avec Shampooing ? As-tu déjà reçu des propositions allant dans ce sens ?
J’aime être libre de tout. Je tiens à n’avoir aucune obligation ni contrainte et j’aime l’idée qu’une structure comme United Dead Artists fasse un vrai journal.
  • En tant qu’éditeur, te verrais-tu partir en croisade comme Richard Millet chez Gallimard ? Quel serait ton combat ?
A vrai dire, je crois plus à la croisade de feu Hara kiri. Il y avait une rage de liberté absolue.
  • La musique joue un rôle dans ta création et ton univers (le livre-disque avec Mami Chan, les pochettes des 2 albums de Non Stop) : est-ce que l’un de tes fantasmes ne serait pas de créer un United Dead Records ? Qui rêverais-tu de signer ?
C’est un projet secret.
  • Pierre la Police a donné sa version du livre de cuisine avec Les demoiselles de Vienne chez Cornélius ?  De quoi souhaiterais-tu le plus donner comme version United Dead Artists ?  Un code de la route ? Un manuel de bricolage ? Un abécédaire pour enfants ?
 Un autre projet secret avec les enfants est dans les marges.
  • Pour l’exposition, des cartes Dead Pannini Club vont sortir, un hommage direct aux Crados ?
C’est une série carte infinie et indéfinie, une collection sans fin. En éditer peut être 1000.
  • Quelles sont les prochaines sorties prévues chez UDA ?
La liste est longue mais pour le moment c’est La Tranchée qui m’occupe. Accélérer le rythme ! (Durant l’expo, qui dure un mois, Blanquet a prévu de sortir 4 nouveaux numéros de La Tranchée Racine, un par semaine.)

samedi 4 août 2012

Tiane Doan na Champassak : The Father of Pop Dance




Cette merveille pop auto-éditée avec amour à 700 exemplaires est disponible au Plac'art (toujours le même ! ) ou directement auprès de Tiane Doan na Champassak. Vous pourrez aussi vous procurer The Father of Pop Dance jeudi prochain au Bal  qui accueillera le photographe pour une signature en musique, l'occasion de vérifier s'il a hérité des goûts vestimentaires et du déhanché endiablé de son paternel .

J'ai posé quelques questions un peu cash à Tiane Doan na Champassak qui a gentiment répondu :

Ton père vient de te faire son coming out ou t’es du genre à aller fouiner là où il ne faut pas ? Elles sortent d’où les photos de The Father of Pop Dance  ?
 
Pas du tout ! Je trouve très intéressant que pour notre époque de telles photographies peuvent paraître comme décadentes, voire qu’elles reflètent une certaine homosexualité alors que moi je vois juste un père qui s’éclate dans les années soixante. Inutile de te rappeler ce que cette période était mais j’ai souvenir d'un père qui aimait toutes les danses ! Il y a un an j’ai découvert cet album dans mon grenier mais j’ignore les raisons qui ont poussé mon père à se faire photographier en dansant sur de la musique pop dans un studio photo en 1967 à Los Angeles. Cet album n'avait jamais été ouvert depuis. Quand je l'ai ouvert 45 ans plus tard, tous les tirages sont restés collés les uns aux autres et j'ai dû endommager l'album afin de pouvoir le « lire ».

Il faisait quoi ton père à L.A. en 1967 ? Il allait voir les Doors en concert à The Matrix ?
 
Je n'ai aucune idée. C'était un an avant son coming out hippie !

Hormis Tantra , tes dernières publications font dans la récup’ : t’en as marre de la vraie photographie ?
 
Mais c’est aussi de la vraie photographie !

Tu penses publier  un nouveau livre chez un vrai éditeur un de ces quatre ou tu vas continuer à t’auto-publier à 500 exemplaires pour que personne n’ait accès à ton travail ?
 
Mes deux prochains livres sont avec des « vrais » éditeurs, comme tu les appelles. Mörel Books et Post Editions. Par contre nous restons en dessous de 1000 ex. Je ne fais pas de différence entre la photographie « vernaculaire » et la « vraie », ni entre un livre auto-édité à 100 ex. et un livre publié par un grand éditeur.

Avec The Father of Pop Dance,  tu milites visiblement pour un énième revival easy listening : tu préconise quoi comme bande son pour le feuilleter ?
 
These Boots Are Made for Walking de Nancy Sinatra.


Tiane Doan na Champassak: The Father of Pop Dance (2012)

mardi 19 juin 2012

Johnny Ryan vs Frédéric Fleury : War + Penis, The Great Online ComicsInsult War / The Great Online Interview

 
 
 
 
 
 


L'automne dernier, Frédéric Fleury et Johnny Ryan se sont livrés une battle sans merci via Facebook et Twitter. Pour l'histoire, il fallait garder une trace de ce conflit, c'est The Milan Review qui s'en est chargé en publiant War + Penis.

Frédéric Fleury est l'un des fleurons de la scène du dessin contemporain (rires) français avec son Frédéric Magazine qu'il édite en compagnie d'Isabelle Boinot, Emmanuelle Pidoux, Frédéric Poincelet, Stéphane Prigent et Jonas Delaborde (on devrait avoir des nouvelles du collectif à la rentrée), il dirige aussi les éditions du 57 et publie dans Vice, depuis quelques mois, d'hilarants Death Roads.
Johnny Ryan a aussi sa page dans Vice, il publie la meilleure série du moment, Prison Pit, et il n'existe qu'un seul livre de lui édité en France, Comic Book Holocaust, une histoire de la bd revue et corrigée par ses propres soins (comprendre façon pipi/caca).

J'ai posé quelques petites questions aux deux :

  •  Plutôt Christophe Honoré ou Michael Bay ?
Frédéric Fleury : Je sais pas qui sont ces gens, je dirais Bruno Dumont.

Johnny Ryan : Who's Christophe Honoré ? Who cares about Michael Bay ?
  •  Sandwich jambon/beurre ou cheeseburger ?
FF : Jambon/beurre plutôt, je fais gaffe à mon poids, mais un truc fait maison, pas acheté à la gare du nord.

JR : Ham/Butter sandwich WTF? Fucking sick.
  • Guerre d'Algérie ou guerre du Vietnam ?
FF : Vietnam, juste pour Rambo.

JR : The Battle of Algiers was a cool movie, but Apocalypse Now is a better movie.
  • Motobécane ou Harley Davidson ?
FF : Motobécane, faut pas déconner j'ai été un amoureux des mobylettes. Les Harley Davidson je comprends même pas le guidon.

JR : I don't know anything about motorcycles. I own a Mazda Protegé.
  • KKK ou FN ?
FF : KFN : Kulte du Front Noir ! Non, je sais pas, aucun. Difficile de répondre à une question comme ça, genre la peste ou le choléra ?

JR : KKK has cool outfits.
  • Joann Sfar ou Mat Brinkman ?
FF : Brinkman sans hésiter. J'étais un peu bourré chez un pote quand j'ai découvert son bouquin Teratoid Heights, je suis resté scotché. Ça m'a ouvert plein de perspectives. J'ai cru comprendre qu'il ne dessinait plus trop parce qu'il se sentait pillé, c'est dommage. Il manque un peu dans le paysage du coup.

JR : Who's Joan Sfart ?
  • Route 66 ou A6 ?
FF : A6 c'est proche de mon format de dessin. Dans le train, dans les réunions, au taff, je plie un A4 en 4 et ça me fait un petit carnet assez rigide.

JR : Route 66? I dunno. It's just a stupid road, bro.
  • Santa Monica ou Brest ?
FF : Brest, ça me semble plus accessible sans passeport.

JR : I like Brests !

  • Bret Easton Ellis ou Frédéric Beigbeder ?
FF : Ellis, Beigbeder ne m'intéresse pas. American Psycho c'est un sacré bouquin. Même le film un peu raté reste culte. Benjamin Marra en a d'ailleurs fait une publication il y a peu de temps.

JR : ...
  • Pantashop ou Levi's ?
FF : Pantashop c'est l'endroit où mon père achetait ses jeans dans la galerie marchande de "Continent l'achat gagnant". Je dirais donc Levi's. Pas que je n'aime pas mon père mais je n'ai pas un souvenir incroyable de ses pantalons.

JR : Why would I wear french old school jeans? I live in America and I'm not gay.


Vous pouvez commander  War+Penis directement auprès de Frédéric Fleury ici, vous aurez en bonus un petit dessin exclusif.


Johnny Ryan vs Frédéric Fleury : War + Penis, The Great Online Comics Insult War (The Milan Review, 2012)

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