lundi 29 août 2011

Christophe Honoré : Les Biens-Aimés



Evidemment, il serait facile de railler ce film : et j'te refais le coup des chansonnettes, on reprend les mêmes et on recommence, les Ludivine Sagnier, Chiara et autre Louis Garrel, une pincée de sida parce que j'suis un réal' gay, la mort parce qu'il n'y a rien de plus triste etc. Trop facile.
Le film prend son temps, c'est tout d'abord agaçant mais, au final, ça se révèle être l'une de ses principales forces.
Dans le premier tiers, il déçoit donc : la reconstitution des 60's est théâtrale et désincarnée, les personnages évoluent comme des pantins dans des décors en carton-pâte. En étant conciliant, je pourrais me dire que Christophe Honoré déréalise volontairement cette partie pour lui donner la forme d'un souvenir enfoui dans la mémoire de Madeleine, le personnage central. Dans le second, il ennuie gentiment :  les années 80, le rock, les amours impossibles... autant de thèmes rabâchés que l'on sent néanmoins tendre vers quelque chose de plus subtil. Puis, dans le dernier, tout s'emballe : le tragique, jusqu'alors latent, prend corps. La mort survient mais, à la différence des Chansons d'Amour, elle ne prend pas par surprise le spectateur, qui connaît un peu les ressorts du réalisateur. Un torrent de larmes vient tout de même emporter Les Bien-Aimés, mais de façon plus insidieuse, avec une Catherine Deneuve impériale face aux Temps Qui Changent.
Catherine, je t'aime, depuis toujours et de plus en plus.


PS : Honoré réussi l'exploit de brider le petit Garrel, c'est pas rien !

samedi 20 août 2011

Braindance Machine Mixtape - An Hearsute Tribute


Mon humble hommage au label Rephlex avec cette mixtape, regroupant une quarantaine de titres (c'te casse tête !) en un peu plus d'1 heure 40, autant dire que vous en aurez pour votre argent !

Electronica, dubstep, pop, jungle, electro, breakcore, easy listening, Detroit techno, rock, 8-bit music, acid... tout y passe ou presque !

En toute modestie, je trouve ce mix (avec les pieds) assez génial, pour la simple raison qu'il m'a permis de retrouver mes 20 ans.


Enjoy !

 

Tracklist :

Kinesthesia : Flicklife
D'arcangelo : Fate In Us
DMX Krew : Adrenalin Flow
Lisa Carbon Trio : Corazon Loco
Ensemble : Proposal 6
Humanoid : Stakker Humanoid (Snowman Mix)
Stakker : Eurotechno (Part 16)
Universal Indicator : Untitled
Baby Ford : Normal (Helston Flora Remix By AFX)
The Gentle People : Laurie's Theme (Global Goon Remix)
JP Buckle : Kiss Me Quick
Bochum Welt : Radiopropulsive
Fuschimuschi : Super Sexy Lady (12" Mix)
Slipper : Driving Me Sane
La La Jones : You're The One (Part Two) (Cylob's Mix)
The Kosmik Kommando : Power User
Chimera : En Route
µ-Ziq : Tango N' Vectif
Chaos A.D. : Male Pill Part. 6
Bogdan Raczynski : Untitled 22- Boku Mo Wakaran
Ovuca : Daisy
Kiyoshi Izumi : Bedroom Glow
Bodenstandig 2000 : Pogos Abenteuer
Cylob : Diof 97
Leila : Don't Fall Asleep
Amen Andrews : London
Squarepusher : Tundra
Chaos A.D. : Psultan (Squarepusher Mix)
Kode9 : Sub-Kontinent
Razor X Productions : Killer Queen (Ft. Warrior Queen)
Aphex Twin : .215061
Urban Tribe : Discrete Waveform
Zwischenwelt : Clairvoyant
P.P.Roy : Keep Telling Me What To Do
Sam & Valley : Diddle, Diddle
The Gentle People : Groovin' With You

mardi 19 juillet 2011

Empirical Sleeping Consort : I've Got Tears In My Ears From Lying On My Back Catatoning Over You, Dear


A l'époque où j'ai découvert cette musique, je portais encore des t-shirts Blur et Pulp, des britons qui selon certains étaient censés jouer de la "musique pas comme les autres", la blague !

Heureusement, il y avait mes indus boys, Vidal et Vérol, chez qui l'on se réfugiait les après-midis pour écouter Coil, SPK , Nurse With Wound, Death In June ou Empirical Sleeping Consort et échapper aussi aux TD de linguistique.

Sur le moment, je ne pensais pas que cette musique allait me marquer aussi profondément.

Of Swift Flight enchainé à Devils of Conscience Breathing forment les 17 minutes les plus envoûtantes que j'ai écoutées cette année !

I've Got Tears In My Ears... est le deuxième album d'Empirical Sleeping Consort, il, est précédé en 1990 par le franchement plus ardu Aegri Somnia Vana  et suivi en 1994 du presque "warpien" The Layers Of Awakening. 3 albums et puis s'en vont.


Empirical Sleeping Consort : I've Got Tears In My Ears From Lying On My Back Catatoning Over You, Dear  (Dragnet Records, 1993)

mardi 5 juillet 2011

Black Zone Myth Chant : Straight Cassette



J'aime vraiment quand les mecs laissent tourner leurs machines toutes seules. J'aime vraiment quand ma copine me dit "mais c'est pas de la musique ton truc-là !".

Black Zone Myth Chant : Straight Cassette  (Winged Sun Records, 2011)

dimanche 3 juillet 2011

Alain Cavalier : L'Insoumis (1964)




Enfant, j'adorais les films policiers avec Alain Delon parce qu'à la fin les personnages qu'il interprétait finissaient quasiment toujours par mourir. A l'époque, je ne savais pas que ce rituel avait débuté dès 1964. En préambule, je tiens aussi à préciser  que, pour moi, le Alain Delon des sixties est de loin le plus beau gosse du cinéma.

Nous sommes quelques-uns à le savoir mais il est toujours bon de le rappeler : Alain Cavalier n'a pas attendu l'invention de la DV pour être ce cinéaste génialement atypique, preuve en est avec son deuxième film.

L'Insoumis débute comme un polar politique en Algérie, du côté OAS, juste après le Putsch des Généraux, vire au film d'amour passionnel et se termine dans une ferme au Luxembourg. Alain Cavalier ne fait rien pour séduire son public, et d'autant plus son public de l'époque : le personnage principal est antipathique (par la grâce de Cavalier, ce légionnaire déserteur finira néanmoins par émouvoir le spectateur), et le cadre de l'histoire s'inscrit dans une actualité des plus controversées (et non ! Le Petit Soldat de Godard n'est pas le seul film français de l'époque à aborder frontalement la Guerre d'Algérie !).

Ce qui frappe aussi, c'est cette approche déjà très intériorisée, intimiste, des personnages et de leur psychologie, une approche qui deviendra petit à petit la marque du réalisateur. Et puis il y a cette magnifique partition de Georges Delerue aussi émouvante que discrète : "Avec Georges Delerue, nous avons décidé de ne commencer à entendre l'orchestre qu'après 50 minutes de film. Au moment où le héros comprend qu'il peut mourir. Cette entrée tardive, je me souviens, était si réussie que le spectateur n'était pas surpris mais simplement pris par la main pour aller ailleurs, vers un pays plus vaste que l'image" (Alain Cavalier interviewé par Stéphane Lerouge dans le CD Le Mépris de la collection Ecoutez le Cinéma)


Comme avec son premier film, Le Combat dans l'île, Alain Cavalier fait évidemment un bide avec L'Insoumis. Il connait un tout petit peu plus de succès avec les 2 suivants, Mise à Sac (pas vu !) en 1967  et La Chamade (sublime !) en 1968. Un début de reconnaissance qui ne l'empêcha pas de s'éclipser 8 années, avant de revenir avec le génial Le Plein de Super en 1976.

Alain Cavalier méritait amplement la gloire que connurent ses pairs de la Nouvelle Vague mais l'histoire en décida autrement. Collaborer avec Delon, Deneuve ou Delerue n'y changea malheureusement rien.

mercredi 11 mai 2011

Agnès Merlet : Le Fils du Requin (1993)


N'y a pas que Tomboy dans la vie !
Pour la petite histoire, j'ai sûrement vu  Le Fils du Requin dans la même salle que Céline Sciamma puisque, comme moi, elle fréquentait assidûment, à l'époque de la sortie de ce film, l'Utopia de Pontoise.
Voilà encore un film honteusement sous estimé, voire oublié, malgré les bons échos critiques à sa sortie. La réalisatrice n'a d'ailleurs pas bénéficié de l'engouement pour la nouvelle Nouvelle Vague du cinéma français d'alors, avec les Arnaud Desplechin, Laurence Ferreira Barbosa, Cédric Khan and co. Pour preuve, depuis Agnès Merlet n'a réalisé que 2 autres films, Artemisia et Dorothy. Notons qu'elle aura perdu 5 années à tenter de mettre sur pieds un slasher dans le milieu des Beaux Arts, projet qui ne trouvera finalement jamais de financement : " le discours sur la violence était trop nihiliste pour le marché français…" d'après elle, dommage, j'aurais bien aimé voir ça.

Le Fils du Requin est inspiré d'un fait divers rapporté dans Libé le 18 décembre 1987 sous le titre Jimmy et Johan, graine de violence, qui décrivait l'errance de deux enfants dans une bourgade aux alentours de Rouen. A la fois âpre et onirique, le film est marqué du sceau de Lautréamont avec la phrase "si cela avait pu dépendre de ma volonté, j'aurais voulu être plutôt le fils de la femelle du requin ... je ne serais pas si méchant" répétée tout au long comme un refrain par l'un des deux gamins .


Comme tout premier film, Le Fils du Requin n'est pas exempt de défauts comme cette tendance un peu pataude à virer à tout prix au poème social, surlignée par une partition parfois un peu trop sentimentale de Bruno Coulais (Les Choristes, Microcosmos et autres perles!), qui signait ici l'une de ses premières BO. Malgré cela, le film reste aujourd'hui un premier essai bien singulier et mérite vraiment d'être redécouvert.
Avec le recul, aujourd'hui,  une question me turlupine :  est-ce que l'esthétique très ciné bis 80's post-apocalyptique est volontaire de la part de la réalisatrice, étant donné son goût pour le cinéma de genre ?



Malgré son penchant pour le sentimentalisme, la BO de Bruno Coulais est une incontestable réussite, tant elle marque Le Fils du Requin et en est indissociable. L'ouverture du film par ces Harmoniques, enchainées à la fameuse chanson Nathalie Elle est Jolie, reste gravée pour longtemps dans la mémoire du spectateur.
Par ailleurs, vous ne serez pas surpris si je vous dit que ce soundtrack est épuisé depuis belle lurette et qu'il vaut aujourd'hui le prix d'un rein !

mercredi 4 mai 2011

Doug Rickard : A New American Picture



Edité l'automne dernier à 250 exemplaires à l'occasion de la première exposition du Bal, Anonymes, l'Amérique Sans Nom, je n'avais pu mettre la main sur ce livre de Doug Rickard. Heureusement, Le Bal a eu la bonne idée d'en éditer 50 nouveaux exemplaires.

Doug Rickard n'est pas vraiment un inconnu pour les amateurs de photographie qui, sans le savoir, le connaissent déjà  puisqu'il est le fondateur de l'indispensable site American Suburb X.

Pour son premier livre, A New American Picture, il a re-photographié des images tirées de Google Street View. Ses scènes de rues prises à Atlanta, Miami, Camdem, Los Angeles ou Memphis semblent toutes précéder un fait divers imminent, au choix règlements de compte entre bandes, viols, bastons, assassinats... Doug Rickard exacerbe au maximum le sentiment d'insécurité du lecteur tout en dressant un portrait à la violence sourde du rêve américain.

Le titre choisi par l'auteur n'est évidemment pas anodin : en bon connaisseur de l'histoire du livre de photos, Doug Rickard inscrit son A New American Picture dans la droite lignée des classiques que sont American Photographs de Walker Evans, The Americans de Robert Frank, American Surfaces de Stephen Shore ou American Prospects de Joel Sternfeld.

Ce titre a aussi valeur de programme quant à l'évolution de l'art photographique à l'heure où les images, grâce au digital, ne cessent de se multiplier via le net, les caméras de surveillance... Si ce projet d'utiliser des images prises de Google Street View trouvera forcément ses détracteurs, les amateurs de photos les plus avertis noteront, eux, que  le travail de Doug Rickard, notamment sur les couleurs, n'est pas sans rappeler celui de grands photographes américains des 70's comme William Eggleston ou Stephen Shore.

Un classique instantané.

PS : Une édition plus large du livre devrait normalement voir le jour courant 2012.


Doug Rickard : A New American Picture (Schaden White  Press  / Le Bal, 2010)

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