Entre Paddy McAloon et moi, l'histoire avait franchement mal commencé, c'était en 1990, je découvrais son groupe Prefab Sprout avec la sortie de Jordan : The Comeback, un disque inécoutable pour le jeune indie kid que j'étais. Effectivement, à cette époque, dans mon lycée, je faisais partie de la petite poignée d'élus qui avait entraperçu la lumière, cette "musique pas comme les autres", avec Doolittle que nous écoutions en boucle et à fond dans nos walkman (walkmen ?) Aiwa. La Vérité résidait donc dans un gros bide, une chemise à carreaux et des cris de truie qu'on égorge, il était alors impensable que nous cédions à cette soupe commerciale multivitaminée, quoiqu'en dise notre bible de l'époque, Les Inrocks.
Aujourd'hui, j'ai toujours du mal avec Jordan, mais voilà, ça fait presque un mois, depuis ce post de bazooka, que je n'écoute plus que la musique de Paddy McAloon, l'album Steve McQueen, les démos de Let's Change the World with Music et surtout son unique album solo, sorti en 2003, I Trawl the Megahertz. Paddy McAloon a enregistré ce disque alors qu'il perdait peu à peu la vue. Ne pouvant écrire ses chansons comme à son habitude, il passait ses nuits d'insomnie à écouter la radio et la télé, composant seul, chez lui sur son ordinateur, cet album quasi instrumental, où les seules voix proviennent d'extraits d'émissions de radio, hormis sur Sleeping Rough qu'il interprète divinement. Paddy McAloon explique tout ça dans le détail et bien mieux que moi ici.
I Trawl the Megahertz, plus qu'un album solo "de chansons d'amour et de lamentations", est un disque de solitaire, la bande originale parfaite pour les films imaginaires que les âmes esseulées se racontent à elles-mêmes. De loin, de très loin, la plus belle chose que j'ai entendu cette année.
